Ces femmes qui ont marqué le 21ème siècle…

femmes

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Spécial  journée de la Femme. Le livre « Les femmes du xxième siècle » (Aubanel) est un mélange d’analyse de sujets d’actualité (homosexualité, maternité, mixité…) Et d’interviews de femmes qui ont compté à leur manière dans l’Histoire.

Françoise  Héritier, Michèle Podroznik, Thérèse Clerc… Qui sont ces femmes de l’ombre, qui ont consacré toute leur vie à relever le défi d’une émancipation inachevée ? Les frontières entre les sexes s’atténuent au profit d’une plus grande liberté sexuelle. Mais est-ce pour autant la fin d’une société discriminatoire envers la femme ?

Florence Rochefort, chercheuse au CNRS et spécialiste des  études sur la femme, nous raconte où en sont les femmes en France. La journaliste Alexie Lorca signe les entretiens.

L’émancipation de la femme en 10 dates clés.

• 1944 : Les femmes obtiennent le droit d’être électrices et éligibles.

• 1967 : La loi Neuwirth libéralise la contraception.

• 1975 : La loi Veil légalise l’interruption volontaire de grossesse.

• 1981 : Création d’un ministère des droits de la femme.

• 1983 : La loi Roudy sur l’égalité des salaires et l’égalité professionnelle.

• 1999 : Loi qui institue le pacte civil de solidarité (PACS).

• 2002 : Loi sur le nom de famille (possibilité pour l’enfant de porter le nom de

la mère).

• 2004 : Loi de réforme sur le divorce.

• 2006 : Loi qui renforce la répression contre les violences au sein du couple ou

contre les mineurs.

• 2006 : Loi sur l’égalité des salaires.

QUELQUES FEMMES QUI ONT COMPTÉ DANS L’HISTOIRE DES FEMMES

Françoise Héritier : « Ce que l’esprit humain a fait, il peut le défaire et le remplacer »

• Née en 1933, ethnologue française de renommé internationale. Elle a succédé à Claude Lévi-Strauss au collège de France.

• Passionnée d’histoire et de géographie jeune, l’horreur et la violence de la seconde guerre mondiale l’ont conduite à penser que la vie était meilleure ailleurs et autrefois  : « j’aimais le goût de l’autrefois et de l’ailleurs, au détriment de l’ici et du maintenant », elle a donc entrepris des études d’histoires anciennes.

• L’enseignement de Claude Lévi-Strauss à l’école pratique des hautes études a provoqué chez elle une bifurcation intellectuelle, et lui fait découvrir l’ethnologie et la possibilité d’autres mondes parallèles fonctionnant selon d’autres critères.

• Elle fut victime pour la première fois de discrimination due au sexe quand elle présenta sa candidature au poste de géographe d’un institut de sciences humaines appliqué en Haute-Volta (actuel Burkina Faso), on attendait un homme, elle ne fut engagée que par manque de candidat…

• C’est à partir de ses travaux sur les Samo (peuple du Burkina Faso) qu’elle se consacre aux systèmes de parenté et d’alliance (ses travaux sur le système d’alliance des Samo lui ont valu la médaille d’argent du CNRS en 1979). Elle a cherché à comprendre comment et pourquoi la hiérarchie des sexes avait été instaurée, d’où venait la domination masculine.

• Françoise Héritier est optimiste pour le siècle à venir, plus par raison que par tempérament. Elle part du principe que les relations hommes-femmes dans notre société sont construites sur un modèle de pensée élaboré il y a plus de 500 millions d’années.

Catherine Vidal : « La croyance au changement est souvent plus forte que le changement lui-même »

Neurobiologiste, directrice de recherche à l’institut Pasteur. Elle œuvre également à renverser un cliché qui a la vie dure : les différences entre les cerveaux des hommes et des femmes.

• Catherine Vidal nous explique qu’au cours de son développement, le cerveau intègre les influences extérieures associées à l’histoire de chaque individu. Il se construit progressivement au gré des influences, de la famille, de l’éducation, de la culture et de la société. Nous naissons tous humains, c’est notre entourage et la société qui nous dit  comment évoluer.

• Les différences cérébrales entre les individus de mêmes sexe sont tellement importantes, qu’elles vont l’emporter sur les différences entre les sexes, (on retrouvera plus de ressemblance entre les cerveaux d’un homme et d’une femme pianiste, qu’entre les individus de même sexe, si l’un est musicien et l’autre footballeur), il n’y a donc pour elle pas de différence entre les cerveaux féminin et masculin.

• Elle explique que si l’on dit que les filles sont plus littéraires et les garçons plus scientifiques, cela relève d’un changement sociétal. À une époque où la philosophie et les lettres étaient considérées comme des domaines d’activité valorisante, les philosophes et les écrivains étaient des hommes. Lorsque les sciences et les technologies ont été plus prestigieuses, les hommes se les sont appropriés.

• Catherine Vidal fait partie de l’association « Femmes et science », qui travaille dans les collèges et les lycées, afin de promouvoir l’accès des filles à des matières scientifiques. En 10 ans, les filles sont passées de 20% à 50% dans les classes scientifiques

Thérèse Clerc : « Méfiez-vous des hommes, sachez lire entre les lignes. La grammaire même est un signe de votre invisibilité, combien de noms n’ont pas de féminin ? Souvent l’anonymat du langage est le reflet de l’effacement de la femme »

• Agée de 82 ans, mariée à 20 ans, divorcée à 40 ans, elle demeure une féministe active de notre époque. Elle a reçu l’an dernier les insignes de la légion d’honneur en présence de l’historienne Michelle Perrot et de Simone Veil.

• Sa mère disait d’elle « elle est écervelée mais jolie, on la mariera » ! Elle se persuade pendant toute sa jeunesse que mère de famille est le plus beau métier du monde. Elle épouse le  frère d’une amie de sa mère, qu’elle n’a pas choisi, et a quatre enfants.

•C’est durant ces années de femme au foyer que Thérèse est confrontée à toutes les peines et les misères des femmes. Elles se retrouvaient à l’époque à la fontaine publique pour faire la lessive, c’est là qu’elle entend les premières histoires… Naissance non désirée, mari alcoolique et violent,  manque de désir ou au contraire frustration sexuelle…

• Sa prise de conscience, elle la doit à un groupe de parole de femmes issues de la petite bourgeoisie. Elle s’engage ensuite dans le mouvement pour la paix contre  la guerre d’Indochine.

• Mai 68 est une date décisive pour Thérèse Clerc, « c’est une jubilation, une plénitude intérieure qui ne m’a jamais quitté. Je suis sortie de ma cocotte-minute ».

• Elle divorce après 20 ans de mariage, et rejoint le mouvement des femmes utopique et humaniste. Elle passe son permis de conduire et travail comme serveuse. Le militantisme a été son université, « il m’a rendue intelligente, cultivée, meilleure, tolérante et plus douce envers les hommes’ .

• Il y a 13 ans, elle crée à Montreuil « la Maison des femmes », qui avait comme vocation de former des militantes au féminisme, mais qui s’est rapidement transformée en refuge pour femmes dans la détresse. Suite à la canicule meurtrière de l’été 2003, elle lance l’idée de la maison Babayagas, une maison de retraite autogérée et exclusivement féminine.

• À 82 ans, elle est toujours aussi engagée dans la lutte pour le pouvoir de la femme.

Françoise Barré-Sinoussi : « J ‘ai été honorée de recevoir la légion d’honneur mais honnêtement, travailler à l’évolution de la prise en charge du Sida en Afrique et en Asie est pour moi beaucoup plus exaltant »

Chercheuse française en virologie, elle reçoit avec Luc Montagnier le prix Nobel de médecine pour la découverte en 1983 du virus du sida. Directrice du laboratoire de régulation des infections rétrovirales de l’institut Pasteur, elle est également un membre du conseil d’administration du Sidaction et de l’agence nationale de recherches sur le sida (ANRS)

• Depuis toute petite, elle est attirée par tout ce qui est vivant, elle veut comprendre comment fonctionnent les maladies. Elle entre à l’Institut Pasteur à temps partiel et sans être payé ; temps partiel qui se transforme en temps complet. Elle y trouve enfin sa voie, sa passion, elle a 23 ans. Elle n’a jamais considéré la recherche comme un métier, c’est une passion totale.

• En 1983 elle participe à la découverte du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), qui va changer sa vie et celle de beaucoup d’autres. Au milieu des années 80 elle se rend sur le continent africain, elle en revient changée «on voit la vie différemment et l’on se sent une sacrée responsabilité envers les malades, les médecins et d’une façon générale les pays pauvres. On ne peut que se battre avec eux pour faire aboutir des accords internationaux qui leur permettent un accès aux soins et aux traitements ».

• Elle anime et coordonne aujourd’hui, pour la partie française, les programmes du site ANRS (l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida et les Hépatites) en Asie du sud-est. Ces programmes visent à améliorer les outils de diagnostic et de suivi des patients affectés par le VIH ainsi que les soins et le traitement de ces patients. Elle reçoit  la Légion d’Honneur le 1er janvier 2009.

Anna Sam : « Le problème c’est qu’il y a en France une hiérarchie des professions et un incroyable besoin de paraître»

• Agée de 29 ans et titulaires d’un DEA de lettre moderne, elle a travaillé huit ans comme caissière dans la grande distribution. Elle crée un blog ou elle raconte avec humour et mordant son quotidien et celui de ses collègues. Une chose en entraînant une autre, elle sort un livre « tribulation d’une caissière » (le livre de poche), il se vend à plus de 100 000 exemplaires, et va être traduit en plusieurs langues.

• Ce qui était au départ un simple job d’étudiant, est devenu, à force de ne trouver que des stages sans débouché… Son métier.Elle se rend rapidement compte que ce petit monde regorge d’histoires marrantes et originales, et à force d’en parler avec ses collègues, l’idée du blog est née.

• Son objectif : revaloriser ce métier et montrer l’envers du décor. Le bouche-à-oreille du net la fait connaître en quelque mois. Un journaliste en parle un matin à 5 heures sur France Culture et le phénomène médiatique s’enclenche…

• Anna Sam nous fait découvrir ces femmes quasiment toutes bachelières ou diplômées, se battant pour un SMIC devenu vital pour leur famille. À l’origine un métier de femme, la dévalorisation de ce métier et autant humaine que financière.

Myrtille Attal

8 mars 201010:00
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