Contraception: comment en parler à nos ados
Encore 220 000 interruptions volontaires de grossesse chaque année en France, dont 4% concernent les moins de 18 ans. Autant dire qu’il vaut mieux nous assurer que nos enfants sont informés. Comment leur parler de contraception sans nous montrer intrusives ? Sept questions au docteur Marie Veluire, gynécologue, sexologue et co-auteur avec Catherine Siguret de « Les Adolescents et la sexualité – 101 questions de mères » (Robert Laffont).
• Est-ce le rôle des mères d’en parler ?
Oui, absolument. Mais les pères ont aussi un rôle à jouer avec les garçons. Si les mères parlent de la sexualité et de la contraception, à partir d’un certain moment il n’est pas inutile que les pères prennent le relais avec leurs fils. Qu’ils leur conseillent, par exemple, de s’entraîner à mettre un préservatif.
• A partir de quel âge peut-on aborder le sujet ?
Plus tôt on en parle, mieux c’est. Il faudrait que ce soit une évidence, que l’on en parle ouvertement et naturellement, à table, parmi d’autres sujets. Que les enfants sachent qu’il n’y a rien de mieux que faire l’amour quand on est amoureux. Quand on les sent prêts, il serait également utile de laisser traîner des préservatifs à leur disposition, en quantité suffisante pour que personne ne sache si on en a pris ou pas.
• Faut-il anticiper les questions ou attendre qu’ils/elles en posent ?
Bien évidemment, il faut anticiper. Mais la manière d’être femme de la mère et la manière d’être homme du père, l’attention que chacun porte à l’autre et le respect qu’ils se témoignent mutuellement comptent aussi beaucoup.
• Quels sont les bons mots ?
Il n’y a pas de « bons » mots. L’essentiel est de toujours parler de l’affectif, du sentiment amoureux. De leur expliquer que faire l’amour, c’est merveilleux quand on est amoureux. Et d’ajouter qu’il y a un minimum de précautions à prendre pour ne pas avoir de bébé et pour se protéger contre les maladies sexuellement transmissibles. Il faut dire aux filles de demander aux garçons de mettre un préservatif .
• Et s’ils/elles n’ont pas envie d’en parler ?
Les enfants posent rarement ce genre de questions à leurs parents. Il est donc important d’en parler sans les « cibler ». Il ne faut pas qu’ils aient le sentiment que l’on parle de leur sexualité. Mieux vaut éviter le « Tu as un petit copain ? Je te prends un rendez-vous chez le gynéco ». Il vaut mieux en parler plus tôt, en leur demandant, par exemple : « Aurais-tu besoin de parler de ton intimité avec quelqu’un ? Tu veux un rendez-vous chez le gynéco ? »
• Justement, faut-il envoyer nos filles chez le gynéco ou attendre qu’elles le demandent ?
Ce n’est pas parce qu’ils/elles posent des questions qu’ils/elles passent à l’acte. S’ils ne sont pas demandeurs, vous pouvez leur donner les coordonnées de Fil Santé Jeunes (www.filsantejeunes.com. Tel : 3224 ou 01 44 93 30 74) qui donne des réponses sans tabou à toutes les questions qu’ils peuvent se poser.
• Est-ce une bonne idée de les emmener chez notre gynéco ?
Tout dépend de la gynéco et de la relation que les jeunes filles ont avec leur mère. L’important, c’est qu’elles sachent que la gynéco est tenue par le secret médical, quel que soit l’âge de sa patiente et qu’elle ne racontera jamais rien à sa mère.
Danièle Laufer












