On a lu pour vous : Le Coût de la panne

La télé-réalité c’est comme les magazines people, personne n’avoue la regarder, mais nombreux sont ceux qui ne ratent pas un prime time. Même s’il est vrai que ces programmes ne sollicitent que très peu nos neurones, il suffit d’un seul coup d’œil à une quotidienne pour se laisser prendre au jeu, et ne plus pouvoir décrocher. Bien que dénigrée, c’est un super sujet pour alimenter les conversations autour de la machine à café ou les débats à la maison. Rapidement, on considère les participants comme des amis de la famille. Chacun a son favori auquel il s’identifie, et sauver Son candidat est presque une question de vie ou de mort. La soirée prime-time devant le poste de télévision devient alors le rendez-vous incontournable de la famille et des amis.
La famille Sertilange, fraîchement débarquée à Paris, ne déroge pas à la règle. Seulement, c’est précisément ce soir-là, juste au moment du prime, que la vieille télé rend l’âme. Horreur ! Que faire ? Une seule solution : s’équiper de jumelles (heureusement chacun des trois enfants en a une paire) et suivre par la fenêtre la « saga-réalité » tant attendue sur le poste du voisin de l’immeuble d’en face, celui du troisième étage qui a la bonne idée de regarder la même émission ! Super idée .. si elle est ponctuelle. Mais la mère de famille ne l’entend pas de cette oreille. Jusque là femme au foyer dévouée à ses enfants, elle se prend au jeu et cesse de s’occuper des tâches ménagères, et de ses chères têtes blondes, pour observer à longueur de journée, et de soirée, la vie des autres dans les appartements d’en face. Une télé-réalité non-stop ! Mais si regarder les émissions de télé c’est bien, en devenir le héros c’est encore mieux. Bientôt, au grand dam des enfants spectateurs de la folie croissante de leurs parents que rien n’arrêtent, tout l’argent du ménage Sertilange passe dans l’achat de produits des plus farfelues et des plus onéreux (manteau de fourrure véritable… à ne porter qu’à l’intérieur de l’appartement devant la fenêtre du salon, home cinéma dernier cri dont l’écran est dirigé vers l’immeuble d’en face et dont on zappe sans arrêt les chaînes pour que les voisins puissent admirer l’image dans toutes les situations…)
Plus on avance dans la lecture de ce livre, plus on devient addict. Mais jusqu’où la folie des époux va-t-elle aller ? N’y aura-t-il personne pour les raisonner ? Qu’est-ce qui provoquera le déclic chez ces parents autrefois attentionnés et aimants ? La tension va crescendo, et alors qu’on croit avoir atteint le pire, on s’aperçoit … qu’il reste à venir ! L’histoire de ces parents accros de la télé-réalité, racontée avec toute la candeur d’une gamine de 10 ans, devient notre histoire et nous prend aux tripes. On les critique, on se révolte, et pourtant on s’attache. On n’achète pas les magazines people, mais on y jette un œil chez le dentiste. Epier nos voisins ? On crie au scandale. Mais qui, le soir venu, au moment de fermer les volets, n’a jamais été tenté de regarder, même furtivement, par ces fenêtres éclairées et de vivre pour quelques instants la vie des autres ?
Le Coût de la panne de Laurence Jyl , Ed Robert Laffont, 19€
Marina Cecchi












